Dre. Aoua Bocar Ly-Tall

La presse a-t-elle le droit de blasphémer ? avril 21, 2010

Filed under: Actualités — aouabocarlytall @ 8:16

La presse a-t-elle le droit de blasphémer?
Oui, répondent les journalistes, mais les autres évitent la question

De gauche à droite, Jean-Robert Sansfaçon, Aoua Ly-Tall, Rima Elkouri, François Crépeau, Shahram Nahidi et Patrice Brodeur

La presse a-t-elle le droit de blasphémer? C’est la question provocatrice que posait, le 15 février, le Centre d’études et de recherches internationales de l’UdeM (CERIUM) dans la foulée de la polémique mondiale entourant la publication des caricatures danoises de Mahomet.

D’entrée de jeu, le directeur scientifique du CERIUM, François Crépeau, a tenu à établir quatre points: la liberté d’expression s’est construite contre la religion; la séparation des Églises et de l’État est à la base de la démocratie; il y a des limites à la liberté d’expression posées par l’interdiction de libelle et d’incitation à la haine; il faut faire attention aux manipulations visant à faire paraitre les musulmans comme des individus «non assimilables».
Atteinte à l’identité

Patrice Brodeur, professeur à la Faculté de théologie et de sciences des religions et titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur l’islam, le pluralisme et la mondialisation, a rappelé les éléments déclencheurs de la crise pour souligner le rôle des médias dans la construction de la réalité. Pour le théologien, la question de savoir lequel du droit à la liberté d’expression ou du droit au respect de la religion devrait l’emporter est une «simplification à outrance»: «C’est par le dialogue qu’on peut arriver à déterminer les zones de ces deux libertés», a-t-il insisté.

Doctorant à la même faculté, Shahram Nahidi s’est demandé pourquoi les musulmans ne réagissaient pas aux caricatures et moqueries relatives aux symboles chrétiens alors que la loi islamique interdit toute offense à Jésus, Marie ou Moïse. Sa réponse est que Mahomet colle tellement à l’identité musulmane que toute atteinte à son image est perçue comme une atteinte à l’identité collective. Tout en se disant choqué en tant que musulman par les caricatures, il croit que la crise est autant une crise identitaire qu’une crise religieuse.

Se définissant comme musulmane pratiquante et progressiste, la sociologue Aoua Ly-Tall, rattachée à l’Institut des femmes de l’Université d’Ottawa, y a vu elle aussi un affront à l’identité. Elle dit même craindre que nous soyons en train d’ouvrir la voie à une troisième guerre mondiale, qui sera une guerre de religion et de culture.

«Il est du devoir de la presse et des progressistes de veiller à la défense de la paix, a-t-elle lancé. Même si les caricatures ne représentent pas un blasphème en soi, elles véhiculent l’image que les musulmans sont un peuple dont il faut se débarrasser.»
Oui au blasphème

Le rédacteur en chef du Devoir, Jean-Robert Sansfaçon, a répondu par un oui très net à la question posée. «La presse québécoise ne fait pas exprès pour choquer les gens, mais elle pourrait le faire au nom de la liberté d’expression dans la mesure où cela reste dans les limites de la loi», a-t-il affirmé.

À son avis, la subsistance d’une clause antiblasphématoire dans le Code criminel du Canada est un reliquat de la société cléricale que la jurisprudence considère maintenant comme inapplicable.

Dans le contexte d’un article faisant le point sur la crise, Le Devoir a publié l’une des 12 caricatures incriminées «pour des raisons journalistiques», a expliqué le rédacteur. «Nous avons jugé qu’un public majeur et vacciné était capable de juger d’un dessin sur Mahomet et qu’il n’y avait pas matière à scandale. Avoir publié les 12 aurait été de la provocation et ne pas les reproduire fait aussi partie de la liberté d’expression.»

Malgré cette retenue, M. Sansfaçon a estimé que l’autocensure de la presse marquerait un dangereux recul. «Là où il n’y a pas de liberté d’expression, il n’y a pas de liberté de religion non plus parce que cette liberté nécessite la liberté d’opinion.»

Rima Elkouri, chroniqueuse au journal La Presse, a abondé dans le même sens que son collègue du Devoir: la presse a le droit de blasphémer, et sa première réaction aurait été de publier les caricatures. «Pas pour provoquer mais pour qu’on sache de quoi il s’agit et pour affirmer que la liberté d’expression ne se négocie pas», a-t-elle déclaré. Elle dit avoir trouvé les caricatures plutôt insignifiantes, mais que le droit à l’insignifiance fait partie de la liberté d’expression.

Toutefois, dans un climat explosif et devant le fait que la publication de ces dessins est récupérée en vue d’exercer un chantage politique, elle a fini par opter pour la retenue puisque l’objectif des intégristes est de provoquer des dérapages.

Personne n’a senti le besoin de définir ce qu’est un blasphème et personne n’a commenté les déclarations du gouvernement britannique et du secrétaire général de l’ONU, qui ont condamné la publication des caricatures.
Une liberté sous influence

Au cours du débat qui a suivi avec l’assistance, Jean-Robert Sansfaçon a reconnu que la peur a aussi joué dans la décision de ne pas publier les caricatures. Jean-François Lisée, journaliste et directeur exécutif du CERIUM, est alors intervenu pour se dire «troublé».

«La décision de ne pas reproduire les caricatures n’est donc pas totalement libre et ma liberté de lecteur a été enfreinte parce que je veux savoir de quoi il s’agit, a-t-il mentionné. La suprématie du droit devrait être du côté de la liberté d’expression et ce droit a reculé de un millimètre.»

Jean-François Lisée a enchainé en indiquant que le roman populaire Da Vinci Code représente une attaque en règle contre les bases du christianisme et qu’il va donc infiniment plus loin que les illustrations de Mahomet. «Pourtant rien ne brule nulle part. C’est parce qu’on est capable d’en prendre et j’invite mes amis musulmans à en prendre aussi.»

Quiconque a vu les caricatures en question est à même de constater leur caractère anodin. Quiconque ne les a pas vues peut en prendre connaissance sur le Web, notamment sur le site de Wikipédia (fr.wikipedia.org), qui consacre un dossier complet à cette affaire.

Daniel Baril

Source : http://www.iforum.umontreal.ca/Forum/2005-2006/20060220/AU_presseBlaspheme.html

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À propos du discours de la Gouverneure générale du Canada au Sénégal

Filed under: Actualités — aouabocarlytall @ 7:17

À propos du discours de la Gouverneure générale du Canada au Sénégal :
Médias & Démocratie pour une Afrique nouvelle

Les autorités sénégalaises ne pouvaient pas offrir meilleure tribune à Son Excellence Michaëlle JEAN qu’un milieu journaliste tel que le Centre d’études des sciences et techniques de l’information (CESTI) de l’Université Cheikh Anta DIOP de Dakar, créé depuis 1965.

Comme je le dis souvent à propos du parrain de l’Université de Dakar par rapport à la recherche, la vraie passion de S.E. est le journaliste. Elle nage dans ce milieu comme un poisson dans l’eau. On voit combien elle y est épanouie. Je l’avais remarqué en Algérie lors de son premier voyage en Afrique alors que je faisais partie de sa délégation d’experts et de représentant-e-s d’ONG. Dans ce pays frère, on lui avait offert également de mener une discussion avec les journalistes de la Radio et de la Télévision publique algérienne, le 22 novembre 2006. Il vrai qu’elle adore rencontrer toute sorte de personnes, surtout les femmes et les enfants, mais, avec ses confrères journalistes, on la sent encore plus être dans son élément.

En tant que canadienne issue d’un pays du Tiers Monde comme Haïti, pays traversé par des dictatures et des tragédies de toutes sortes qui ont portaient atteintes à la liberté ou à la vie de bon nombre d’acteurs des médias, S.E. Michaëlle JEAN est bien armée pour comprendre les journalistes africain-e-s mieux que beaucoup de dirigeant-e-s des pays développés.

En Algérie comme au Sénégal, elle a abordé avec eux des questions sociales cruciales. Dans le premier pays, qui se cherchait après une décennie sombre de guerre et de violences vis-à-vis de l’intelligentsia algérienne dont beaucoup de journalistes, elle a situé les difficultés d’exercer leur métier. Une journaliste algérienne lui dira d’ailleurs : «On a senti que vous avez parlé avec votre sensibilité. J’adhère à votre idée de rapprochement des solitudes et des solidarités. …Les bonnes conditions de vie et de travail des journalistes ne sont pas assurées, et il y a aussi des résistances qu’en tant que femme journaliste je ressens. Cela fait partie de la lutte.»

Au Sénégal, son discours introductif au débat avec les journalistes, elle a réaffirmé sa conviction que l’éducation est la clef de l’affranchissement et du progrès dans lequel tout pays doit investir pour son avenir et celui de ses enfants. De même, elle a abordé l’importance du rôle du journaliste en rendant hommage à la clairvoyance du premier président de la République du Sénégal, membre de l’Académie française et fondateur de la première école de journalisme en Afrique francophone avec l’appui de l’UNESCO et l’aide canadienne, Léopold Cédar Senghor. Celui-ci « estimait que la formation des journalistes était cruciale, car, il voyait en eux et en elles des gardiens de la démocratie et des vigies de la liberté civique» dit-elle.

Elle mettra en relief le lien indissociable, entre l’éducation, la formation et la liberté, ainsi que leur interrelation avec le respect des droits humains et l’émergence d’un État de droit. Elle ne manque pas de souligner que le journalisme suppose «une éthique rigoureuse de la responsabilité citoyenne.»

Femme engagée et éveilleurE de consciences pour le développement humain, S.E. Michaëlle JEAN laisse partout des traces indélébiles. Elle suscite la réflexion et/ou pousse à l’action. Comme me le disait Dr. Moustapha Touré, gynécologue et militant anti MGF-excision : « à votre départ du Mali, j’ai été invité à la télévision nationale malienne. Une chose inimaginable quelque temps avant…» Notons que la Gouverneure générale du Canada, contre toute attente avait abordé la question taboue des mutilations génitales féminines (MGF-excision), dans son discours à l’Assemblée nationale du Mali, pays où elles ne sont encore interdites. Avec beaucoup de tact, elle avait invité les autorités maliennes à légiférer afin «qu’aucune fillette n’ait plus à vivre ce supplice.» «Un discours qui a fait mouche …» dira Jean-François Coulombe, reporter de Radio Canada (24 novembre 2006).

De cette même façon qu’au Mali et ailleurs, je suis assurée que le discours de S.E. Michaëlle JEAN sur le rôle des médias dans l’émergence d’une Afrique nouvelle, fera un grand écho dans les consciences des Sénégalais, un peuple intelligent, vaillant et épris de justice sociale qui a su très souvent trouver des mécanismes pacifiques pour la sauvegarde de sa liberté et de sa dignité.

 

…making the connections between environment and the treatment of women and girls

Filed under: Ils parlent de moi — aouabocarlytall @ 5:04

I salute your courage, your commitment, your stubbornness and your generosity. Your presence here today is a sign of hope and it is also a hymn to the freedom we desire for the girls and women who will follow in our footsteps.

— Michaëlle Jean, Governor General, presenting the Award in Commemoration of the Person’s Case to Aoua Bocar LY-Tall | 2005

What does the status of women and girls – especially as reflected in female genital mutilation (FGM) – have to do with global warming? Or with planting North American seeds in rural Africa?

In fact, they have everything to do with one another.

In Africa, women do most of the work of keeping families alive. Imported plants may push out the native plants that for centuries have provided food and are essential to the food chain in an area. When this happens, the local food supply can almost disappear over night.

Global warming can mean less rain or devastating floods. Either way, the result is fewer crops, less food for people and animals, and more difficulty obtaining usable water. In many places clean water is not available at all, ever.

The gains women have made are everywhere fragile and threatened. In many places in Africa, women have exercised few if any rights. Life is hard and getting harder. For women, this means ever-increasing vulnerability to abuse.

Dr. Aoua Bocar LY-Tall is a sociologist, environmentalist, international human rights consultant, and watchdog for sustainable international development. A resident of Montreal, she primarily pursues her campaigns for human rights – especially the rights of women and girls – in North America and Africa.

Dr. LY-Tall works with governments and research institutes, non-governmental organizations, and numerous United Nations agencies. Among these activities, she participated in the United Nations summits in Nairobi in 1985, in Rio de Janeiro, 1992, Beijing, 1997, and New York in 2000.

She researches, writes conference and academic papers, newspaper and magazine articles, and speaks to groups all over the world. Her dedication and energy appear to be limitless.

The abolition of FGM is a prime focus of Aoua Bocar LY-Tall’s work.

what it feels like to be a girl

For many women and girls, the trip for water has become a walk of many kilometres to a well shared by several villages. Food preparation can take eight or ten hours a day for rural African women.

As conditions worsen, and the time and work required to prepare food increases, time for working to gain money, time for education, time to spend in family and community activities decreases. Women’s ability to look beyond the essentials of life decreases. And, as hunger and disease – as well as chronic war many parts of Africa – increasingly threaten their families, women become ever more vulnerable.

One indicator of that vulnerability is female genital mutilation.

Despite UN condemnation, each year 3-million women and girls endure this practice. At best, it robs them of sexual pleasure. It often leads to infection, lifelong pain, and even death.

In Canada, LY-Tall is an associate member of the Institute for Health and Society at l’Université du Québec à Montréal and a research associate at the Institute for Women’s Studies at l’Université d’Ottawa.

LY-Tall works for the full integration of women of African origin in Quebec and Canadian society.

She is expert counsel for Fem EN VIE, “a consulting, assessment and strategy development organization focused on women’s issues, sustainable environment and cultural diversity.”

In 2003, she became executive director of CI-AF Canada – a coalition of groups around North America whose goal is to end female genital mutilation. She is the founder of Femmes africaines, horizon 2015 (FAQ 2015), which is a network of African women. “Horizon 2015” refers in part to the abolition of FGM around the world by the year 2015. That FGM is now being practiced in Canada gives this deadline urgency not just in Africa, but here as well.

In December 2006, Governor General Michaëlle Jean led a Canadian delegation to Africa to increase awareness of Canadian work there. Dr. LY-Tall was a member of that delegation. At the time of writing, she is working in North Africa.

Dr. LY-Tall’s awards

1992 | Certificate of Gratitude from the Prime Minister of Canada for her part in organizing and participating in the UN Summit in Rio de Janeiro, Brazil

2000 | Award of Merit for community service, presented by the Montreal YMCA Foundation

2001 | Lauréat du Mois de l’Histoire des Noirs, Montreal

2005 | Governor General’s Award in Commemoration of the Persons Case

By Frances Rooney | January 14, 2008

Source : http://section15.ca/features/people/2008/01/14/ly-tall/

 

…les inégalités à l’emploi sont criantes.

Filed under: Je pense — aouabocarlytall @ 1:10

le Conseil du statut de la femme dit que les inégalités à l’emploi sont criantes. Il dit, je cite: «Quel que soit leur niveau d’études, le taux de chômage est beaucoup plus élevé chez les femmes immigrées que chez l’ensemble des Québécoises. [Ainsi,] une femme immigrée avec un doctorat en poche chômera donc autant qu’une Québécoise diplômée du collégial.» J’espère que vous avez bien compris: une femme immigrée, en particulier noire, africaine, avec un doctorat en poche chômera au même niveau qu’une femme québécoise de souche qui n’a que le diplôme du collège. Et cette même femme ou une autre femme qui a une maîtrise sera au même niveau qu’une Québécoise de souche avec une formation postsecondaire partielle.

Mais les Afro-Québécoises sont vraiment au bas de l’échelle, car, nous dit encore le Conseil du statut de la femme  je cite  «les écarts entre [les] femmes immigrées et [les] femmes des minorités visibles persistent dans toutes les catégories, y compris pour les femmes qui possèdent un diplôme d’études universitaires: 13 % sont au chômage lorsqu’elles appartiennent à une minorité visible, ce qui n’est le cas que de 10 % chez les femmes immigrées». De même  je cite toujours le Conseil du statut de la femme, qui est l’une des conseillères du gouvernement du Québec  «les Européennes chôment nettement moins c’est-à-dire 9 % de chômage chez les Européennes  que les Africaines», qui chôment à 18 %.

Lire : Télécharger le document

Source : http://www.assnat.qc.ca/archives/fra/37legislature2/Debats/journal/cc/061031.htm

 

L’excision et la législation québécoise avril 20, 2010

Filed under: Ils parlent de moi — aouabocarlytall @ 9:55

La sociologue Aoua Bocar Ly lors de la Conférence internationale «Tolérance zéro aux mutilations génitales féminines», au siège des Nations unies à Addis Abeba, en 2003. L’excision n’est plus un débat réservé à « ailleurs, quelque part loin d’ici ». Le Barreau du Québec en est conscient, et met la problématique sur la table le mois prochain.

L’excision, ou plus précisément les mutilations génitales féminines (MGF), touchent 28 pays d’Afrique, ainsi que quelques régions du Proche-Orient et de l’Asie du Sud et de l’Est. Fait connu. Fait qui l’est moins: des communautés d’immigrés originaires de pays où les MGF ont cours se livrent toujours à cette pratique. On estime à 130 millions le nombre de fillettes et de femmes qui ont subi une mutilation génitale.

La sociologue Aoua Bocar Ly lors de la Conférence internationale «Tolérance zéro aux mutilations génitales féminines», au siège des Nations unies à Addis Abeba, en 2003.

 Qu’en est-il ici, au Québec, terre d’immigration? Selon les statistiques de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), au moins 5% des victimes des MGF, soit plus de 6,5 millions de femmes, vivent en Occident. En raison de l’immigration récente de populations en provenance de la Somalie, de l’Éthiopie, de l’Érythrée, du Soudan et du Nigeria, on trouve au Canada de plus en plus de femmes ayant subi ces mutilations. Et même si ce sujet demeure tabou, et ce, aussi bien au sein des communautés touchées que dans la société dans son ensemble, des excisions se pratiquent au Québec.

Une spécialiste de la question, la sociologue Aoua Bocar Ly,, chercheure et membre fondatrice du Comité Inter-Africain (CIAF), sera l’une des expertes invitées au colloque sur les MGF que tient à Montréal, le mercredi 6 octobre, le service de la Formation permanente du Barreau. Mme Ly souligne que les pays d’Europe ont ouvert les yeux sur cette problématique dès les années 80, mais que le Québec et le Canada sont en retard dans leur façon d’aborder la question.

Le Réseau Femmes Africaines Horizon 2015, l’un des comités du CIAF, milite au Québec depuis 1994 justement pour contrer ce fléau. En décembre 2003, ses membres ont organisé, dans le cadre de leur projet de mobilisation de la collectivité au Québec, un forum de sensibilisation s’adressant à la population, puis, en avril, un colloque destiné aux professionnels de la santé. C’est justement dans cette foulée de diffusion de l’information que s’inscrit le colloque du 6 octobre, qui visera, celui-là, les professionnels du droit. Cette stratégie de communication est rendue nécessaire en raison de l’ignorance et de l’indifférence qui entourent encore cette question. De l’avis de Mme Ly, malgré la législation en place, même «ceux qui savent ne connaissent pas vraiment».

Buts visés et effets dévastateurs

Appelées également «circoncision féminine», les MGF prennent diverses formes. Tout d’abord l’excision, qui consiste à sectionner le capuchon du clitoris, ou à procéder à l’ablation du clitoris et d’une partie ou de la totalité des petites lèvres. Cette forme de mutilation représente 85% des cas.

L’autre forme de mutilation, l’infibulation, consiste à couper entièrement les petites lèvres et le clitoris, puis à coudre ensemble les grandes lèvres, en ne laissant qu’un petit orifice.

Ces pratiques atroces relèvent de motivations diverses, allant de l’amélioration de l’hygiène féminine à la préservation de la virginité, en passant par l’argument religieux.

Les mutilations génitales provoquent de graves troubles physiques et psychologiques: hémorragies, infections, formation de kystes, dysfonctionnements sexuels, incontinence, stérilité, grossesse et accouchement difficiles, accroissement du risque de transmission du VIH, névroses, et parfois jusqu’au décès. Pourtant, chaque année, au moins deux millions de fillettes dans le monde risquent d’être victimes de MGF.

La voie des comités nationaux

Pour y remédier, en particulier grâce à la mobilisation de femmes africaines, de nombreux programmes existent dans ces pays, souvent soutenus par les organisations internationales et les pays occidentaux. Des législations ont aussi été adoptées, mais elles restent souvent lettre morte, la peur de ne pas trouver un mari pour les fillettes non mutilées étant la plus forte.

Créé en 1984, le Comité Inter-Africain (CIAF) de lutte contre les pratiques traditionnelles néfastes soutient la création de comités nationaux chargés d’agir dans chaque pays concerné, mais aussi dans les pays d’immigration africaine, afin de suivre la mise en vigueur de la législation relative aux pratiques traditionnelles néfastes, d’assurer une éducation sanitaire visant à sensibiliser le public à leurs dangers, et d’élaborer des programmes destinés aux agents de la santé et aux praticiens de la médecine traditionnelle.

Statut de réfugié et mutilations

En 1997, une loi a été adoptée pour criminaliser les MGF (article 268 modifié du Code criminel) ainsi que le fait de faire passer à l’étranger une mineure afin qu’elle subisse ce type de mutilation (article 273.3 du Code criminel). Cependant, d’après nos recherches, il n’y a eu aucune condamnation au Québec pour de tels actes.

Par ailleurs, la jurisprudence a reconnu les MGF comme cause de persécution permettant de revendiquer le statut de réfugié. Une meilleure connaissance de cette problématique permettrait notamment un recours plus fréquent, plus éclairé et plus efficace à ces points de droit.

Selon Mme Ly, la législation seule ne sert à rien sans mesures d’accompagnement et sans l’attribution de fonds, qui, pour l’heure, font cruellement défaut. La sociologue compte donc sur la pression de tous pour que le dossier soit entendu par les décideurs politiques, et pour que soit respecté l’engagement du ministre québécois de la Santé, Philippe Couillard,, d’adopter un plan d’action en 2005-2006. Mme Ly est d’avis que la lutte contre les MGF, violation des droits des femmes, devrait être soutenue par la société québécoise, non seulement à l’aide de programmes à l’étranger, mais aussi au Québec, auprès de ses citoyennes laissées sans assistance

 Melinda Madueno, juriste

Sept 2004

Source : http://www.barreau.qc.ca/publications/journal/vol36/no15/default.html

 

Mon image de l’année 2005 avril 11, 2010

Filed under: Ils parlent de moi — aouabocarlytall @ 8:27

Le 15 novembre 2005, dans un grand salon du Rideau Hall à Ottawa, deux femmes noires avaient rendez-vous avec l’histoire. Une photo illustre ce moment hautement symbolique.

Parmi les six Canadiennes honorées par la gouverneure générale pour leurs contributions à la défense des droits des femmes, figurait une Montréalaise d’origine mauritano-sénégalaise. Aoua Bocar Ly est docteure en sociologie de l’environnement, mais c’est pour son engagement pour les droits des femmes et particulièrement pour son long combat contre les mutilations génitales en Afrique qu’elle était honorée.

C’est une première dans l’histoire du Canada et du Québec qu’une Québécoise d’origine africaine soit honorée par une autre Québécoise d’origine haïtienne et cela, dans un lieu qui a été longtemps associé à la domination et au colonialisme. Au-delà de toute partisanerie idéologique, comment ne pas voir dans cet événement une certaine revanche sur l’histoire?

Une revanche illustrée par une photo où les regards de fierté de deux femmes noires, l’une face à l’autre, en disent plus long que mille discours. J’y vois personnellement deux femmes qui se reconnaissent dans leur contribution au progrès et à la modernité. C’est la dignité que cette image met en vedette.

Cette photo a été publiée dans plusieurs pays d’Afrique, en Haïti et dans le reste du Canada. La Gazette a souligné l’événement, mais aucun média francophone du Québec n’a jugé pertinent de la publier.

Radio-Canada a diffusé les propos du Doc Mailloux sur l’intelligence des noir-es parce qu’on les jugeait d’un grand intérêt public sous prétexte "que les discours offensants, réducteurs et haineux doivent être discutés publiquement et dix fois plutôt qu’une". On connaît le résultat. Aucun débat, que du spectacle. Personne de Radio-Canada n’a parlé une seule fois de cet hommage dont on a parlé ailleurs dans le monde, notamment au Sénégal.

Pour plusieurs médias francophones du Québec, l’intérêt public concernant les noirs se manifeste particulièrement quand il s’agit de figures perdantes. En ce 15 novembre 2005, Michaëlle Jean et Aoua Bocar Ly correspondaient plutôt à des figures gagnantes.

Faut-il rappeler aux médias francophones du Québec que les figures gagnantes de la communauté noire du Québec ne se résument pas à deux ou trois personnes? La contribution d’une femme comme Aoua Bocar Ly à la société me paraît digne de mention. Avant d’arriver au Québec en 1990, elle était déjà d’une renommée internationale comme militante pour la cause des femmes. En 1985, lors de la Conférence des Nations Unies pour les femmes qui avait lieu à Nairobi, la lutte acharnée d’Aoua Bocar Ly contre la pratique des mutilations génitales féminines en Afrique a été reconnue par l’UNICEF.

Les jeunes noirs du Québec, que les médias associent souvent à des gangs de rue, ont besoin de plus de modèles positifs. Certaines appartenances ou obsessions idéologiques ne devraient pas les tenir en otages.

Quelles que soient les raisons qui se cachent derrière ce silence, j’ai tenu à le briser modestement en proposant à mes Souverains de Bordeaux (détenus de la prison de Bordeaux) de recevoir Aoua Bocar Ly dans le cadre de leur émission Souverains anonymes. Écoutez ce qu’Aoua Bocar Ly a à nous dire. Je crois que le Québec et les Québécois-es gagnent à connaître cette grande dame, tout comme les cinq autres guerrières à qui les prix pour l’année 2005 ont été décernés.

Rappelons que le Prix du gouverneur général en commémoration de l’affaire "personne" existe depuis 1983. Au début du 20e siècle, des militantes canadiennes ont revendiqué et obtenu des autorités politiques et juridiques que les Canadiennes soient reconnues comme des personnes.

Par Mohamed Lotfi, journaliste et réalisateur radio (à partir de la prison de Bordeaux)

Page reliée : Les mutilations génitales féminines, une forme extrême de violence faite aux femmes, Aoua Bocar Ly-Tall, 06.02.2005

dans Canada 2006 (1), Immigrant-es, Noir-es, Sexualité, Violence